Revue de littérature – état des connaissances
Santé publique France, juillet 2023 (H. Escalon)

Contexte et objectif

La sédentarité (temps passé assis ou allongé, hors sommeil) augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de certains cancers (côlon, poumon, endomètre), d’anxiété et de dépression. Ces effets sont accentués par un faible niveau d’activité physique. Ils sont atténués par 60 à 75 minutes par jour d’activité d’intensité au moins modérée. Interrompre fréquemment la position assise a aussi un effet bénéfique, même par de courtes pauses.

Les travailleurs de bureau sont particulièrement concernés : jusqu’à 75 % de leur journée de travail est passée assise, souvent en périodes prolongées et ininterrompues. Le télétravail aggrave la situation, car il supprime les trajets et ne permet pas à l’entreprise d’installer du mobilier actif.

Le rapport synthétise 28 revues de littérature (2012 à mars 2022). Il s’adresse aux employeurs, services de santé au travail, représentants du personnel et décideurs de santé publique, pour les inciter à agir en leur montrant que ces interventions améliorent la santé sans nuire à la productivité.

Principaux résultats

1. Efficacité sur le temps passé assis

  • Les interventions en milieu de bureau réduisent le temps assis de 39,6 à 100 minutes par journée de 8 heures. Ce sont celles dont l’efficacité est la mieux démontrée, plus que dans les autres lieux de vie.
  • Les interventions ciblant uniquement la sédentarité sont plus efficaces que celles qui la combinent avec de l’activité physique.

2. Trois types de stratégies

  • Politique de l’entreprise : réunions debout ou en marchant, pauses actives, soutien managérial. Une revue Cochrane n’a pas trouvé d’effet significatif sur le temps assis.
  • Environnement : mobilier actif (bureaux assis-debout, tapis roulants, pédaliers). C’est la stratégie la plus efficace.
  • Individuelle : information, alertes sur ordinateur, suivi de son comportement, entretiens motivationnels. L’effet est plus faible (environ -24 min/j). La simple information ne suffit pas, mais les rappels sur ordinateur deviennent efficaces à moyen terme (jusqu’à 12 mois).

Les stratégies multicomposantes combinent ces leviers. En moyenne, l’environnemental donne -40,6 min/j, le multicomposante -35,5 et l’individuel -23,9.

3. Bureaux assis-debout

  • Ils réduisent le temps assis de 6 minutes à 3 h 36 par jour, selon les études.
  • Ils sont plus efficaces s’ils sont individuels plutôt que partagés.
  • À moyen terme (3 à 12 mois), la réduction est d’environ 57 min par journée de 8 heures. À court terme, elle atteint 100 min.

4. Effets sur la santé

  • Selon une revue de 2019, 20 interventions sur 30 ont amélioré au moins un marqueur cardio-métabolique : pression artérielle, glycémie, cholestérol, composition corporelle.
  • Les bureaux assis-debout ont un effet modéré sur la santé. Les améliorations cardiovasculaires et métaboliques sont faibles et inégales, et il n’y a pas d’effet significatif sur l’obésité ni sur les fonctions cognitives.
  • Ils peuvent en revanche aider à lutter contre les lombalgies.
  • Les bureaux à tapis roulant ou à pédalage ont des effets physiologiques à court terme plus marqués (fréquence cardiaque, dépense énergétique).

5. Productivité

Le mobilier actif ne réduit globalement ni la productivité ni la performance. Les bureaux assis-debout sont neutres : 92 % des résultats ne montrent pas de différence significative. Les tapis roulants peuvent réduire la précision de frappe et de pointage de la souris, avec une période d’habituation probable. Les pédaliers améliorent l’intérêt, la mémoire à court terme et l’attention.

6. Techniques de changement de comportement et nudges

Les techniques les plus associées aux interventions prometteuses sont :

  • la comparaison sociale ;
  • la résolution de problèmes ;
  • la démonstration du comportement ;
  • la fixation d’objectifs ;
  • la substitution du comportement ;
  • le changement d’habitude ;
  • l’auto-suivi.

Les nudges les plus utilisés sont l’amorçage (alertes numériques), le messager (courriels d’astuces) et la saillance (par exemple éloigner l’imprimante). Ils sont prometteurs, mais leur efficacité reste à confirmer.

7. Télétravail

Les stratégies proposées sont surtout transposées du travail sur site :

  • informer les télétravailleurs et promouvoir les ruptures de sédentarité ;
  • utiliser des applications de suivi, des vélos-bureaux ou des bureaux réglables ;
  • adopter des solutions à faible coût : téléphoner debout, surélever son ordinateur, installer un pédalier bon marché ;
  • faire de l’exercice à heure fixe.

8. Acceptabilité et exemple australien

Le soutien des collègues et des managers est un facteur facilitateur clé. Les normes sociales qui découragent de bouger constituent un frein majeur. Le programme australien Stand Up Australia (évalué par l’essai Stand Up Victoria, puis déployé sous le nom BeUpstanding) combine bureaux assis-debout, soutien organisationnel et ambassadeurs internes. Il a réduit le temps assis, amélioré certains marqueurs métaboliques, s’est montré rentable et a été bien accepté. Les changements environnementaux seuls semblent insuffisants pour des effets durables.

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